mardi 26 août 2008

Débarras

Je me rends compte que cela fait bien longtemps que j'ai écrit dans ces lignes. Que cela ne m'a pas manqué. Que donc je vais bien, c'est fou. Mais voilà, la première semaine de retour est terminée, le premier week-end intermédiaire est passé. Et puis c'est Munich, les gens sont gros, déplaisants, roulent les R dans une langue étrangère et il n'y a même pas de chocolat à la fleur de sel dans les étals. On recommence.

Différences notables: le bureau est vide, presque. Deux bureaux vides, abandonnés. Des cartons sur les tables, les armoires fermées à clef et des piles de papiers. Girafe raide nous a quittés. Et c'est bien comme ça: elle est maintenant, pour sûr, dans un monde meilleur. Je lui ai piqué sa plante verte, son portemanteaux et deux bouteilles de bon Bordeaux, reliquats de cadeaux de Noël pour nos vénérés clients. Berger allemand nous a quittés. Et c'est bien comme ça. De toute manière, il n'y avait rien à récupérer, chez lui. Et puis il y a Chinchilla chic, notre nouvelle ressource humaine, arrivée après la défection de Belette stylée puis de sa remplaçante temporaire, Fouine albinos. Je n'arrive pas encore à m'habituer. Je dois couver quelque chose.

Ces temps-ci, je partage le bureau avec Louveteau putride et la Hyène rieuse, revenue hier, en pleine forme. Il va falloir, avec son ascension hiérarchique exponentielle. Sinon, la routine, quoi. J'en viens à regretter l'océan et les rillettes de sardine. Soupir.


vendredi 8 août 2008

Nouvelles neuves

De ces quelques semaines en Sarkozie Atlantique, je ne sais trop que retenir. Comme c'est la pause, que tout le monde est en vacances, même le gouvernement, on en profite pour emplir les écrans de bilans et autres analyses rétrospectives, en attendant les JO après le Tour. Moi, ca me laisse froid.

L'été, c'est la saison des catastrophes. Les orages, les montées brusques des eaux, les chutes alpines, les accidents de plaisance et les autoroutes engorgées. On est bien servi, cette année, avec quelques accidents bien glauques et autres meurtres bien sordides. Et puis les résultats de la croissance (ou plutôt de son absence), les hausses prévisionnelles, les hausses correctives, l'inflation, les cotisations, les participations, la rentrée parlementaire, le prix de l'essence et du kilo d'abricots.

Heureusement, Ouest France (le quotidien le plus vendu d'ici) nous rassure dans les pages locales avec des nouvelles empruntes d'une désuétude toute vernaculaire et bien confortable. Concours de pétanque, de lancer de bouses, cinéma de plein air dans un champ, puces, foires, tout est bien, fleure bon le rosé, ah! la Vie et cette ruralitude qui nous échappa si longtemps, citadins ingrats.

Pour me remonter, je regarde, d'un internet sporadique, les nouvelles de là d'où je viens. C'est-à-dire le courrier d'entreprise qui m'atteint toujours, même s'il est automatiquement répondu d'une missive polie et anglophone informant de mon absence prolongée. Et là, vendredi soir, alors que la nuit tombait sur la Bavière insouciante, une nouvelle ébranlait ma boîte aux lettres et sans doute les coeurs de ceux qui sont restés là-bas. Pangolin transparent, bien que vespéral à l'occasion, nous informe: deux personnes, que dis-je, deux piliers nous quittent. Girafe raide s'est choisi un nouveau destin, un nouvel abreuvoir, loin de notre entreprise nourricière. C'est triste, cette personnification de la droiture qui part. Et puis le berger allemand s'est fait virer. Ah non, il est peut-être parti de son plein gré. Bof, qu'est-ce que ca change? Il était quelconque et disputait son insignifiance à la platitude des ses réflexions (pour autant que l'on puisse les décrire ainsi). Du coup, on va avoir plein de place au bureau. Mais je suis méchant. Oui.

Sur cette méchanceté justement et dans un paysage audiovisuel presque aussi sinistré que celui d'où je viens, je me délectai facilement de quelques épisodes de Dr. House. Il est possible que j'aie raté ma vocation. Cet homme admirable, bien que fictif, m'inspire. Si.

Sinon je n'ai rien à dire. Que j'écoute un Best of de Stevie Nicks. Que je travaille à vaincre la peur de l'eau du Petit Coyote (qui est très brave). Que je mange trop, à défaut de boire suffisamment. Que les belettes d'ici me laissent froid et que ca m'inquiète. Que j'ai trouvé une voiture allemande immatriculée en Bavière avec un M devant (localisation indiscutable) juste devant le marché couvert et que je me sens traqué. Que je n'ai plus de coups de soleil. Que je ne suis pas allé chez le coiffeur. Feignasse.

P.S.: au coin de la rue, non loin du marché, je suis tombé sur l'internationale péruvienne. Ils jouaient "Sound of Silence" en playback à la flûte de pan. Les mêmes qu'à Munich, Florence, Venise, Budapest, Paris... Mais ici, quand même...


vendredi 18 juillet 2008

... and counting...

Voilà, fini... dernier jour avant les vacances. Tout réglé, tout reporté, tout refilé à d'autres (mes paquets de travail, comme on dit). Tout mis en jolis tas très ordonnés (mais pas classés). Et la réponse automatique des e-mails qui dit que je ne suis pas là. Maintenant, je n'ai plus qu'à faire ma valise et aller à l'aéroport. Aux aéroports, pour être précis. Youhou.


mercredi 9 juillet 2008

Liberté de la presse

Ces temps-ci, l'âme de la presse allemande se surpasse en termes de contenu et de liberté éditoriale. J'ai nommé: Bild. Avant, quand j'étais encore jeune et plein d'insouciance, le cheveu long flottant au vent tourbillonnant des possibles, j'écoutais les revues de presse internationale, qui citaient Bild comme référence allemande, ou alors BamS (autrement dit: Bild am Sonntag, la version du dimanche, encore plus riche que l'autre). Bon d'accord, ils citaient aussi Die Welt ou alors FAZ, mais Bild revenait souvent. J'imaginais quelque chose de respectable. Comme je me trompais...

Arrivé à Munich, en un jour quelconque, si je me souviens bien, je me retrouvai confronté à une réalité douloureuse: Bild, c'est du tabloid populiste et visqueux. Et ses clones aussi (AZ, TZ, variantes locales). Et il y a toujours une jeune fille à la poitrine dénudée en couverture, signe indéniable d'exigence éditoriale (en fait, il y a toujours un texte à côté de ladite photo, pour expliquer qu'elle a chaud ou travaille dans les médias). Chaque matin, la une sur le distributeur de journaux à l'entrée/sortie du métro. Chaque matin la même médiocrité suintante en gros caractères. Chaque matin l'hypnose baveuse des lecteurs au regard atone, dans les voitures bondées. Un peu plus de fascisme rampant, un peu plus de fange conformiste, l'atrophie du cerveau en couleurs vulgaires.

Ces derniers jours, le susdit organe de presse se concentrait sur l'histoire édifiante de l'agresseur du métro. Je ne cautionne pas les actes de cet individu, même si j'ai presque fini GTA IV. Il a tapé un petit vieux sur un quai de métro, sans raisons, par pure méchanceté, rage refoulée, conditionnement télévisé, bêtise ou consanguinité. Ce n'est pas bien, même si les petits vieux de Munich peuvent être particulièrement déplaisants (voir un post précédent). Alors les unes se succédèrent, sur les images des caméras de surveillance, sur les photos du petit vieux bandé, sur le visage de la bête, sur le petit vieux encore plus grabataire, sur des voitures de police. Témoignage du petit vieux: "Il faut l'expulser". Car il s'avéra que l'individu, en sus d'une évidente mauvaise éducation, n'était même pas de chez nous, pardon, de chez eux.

Du coup: feuilleton judiciaire. Une avocate pulpeuse affiche ses seins galbés en bas de la couverture, non, j'extrapole, pardon. Le malandrin, le malfaisant, est identifié, appréhendé, traîné devant la justice d'ici qui ne rigole pas, oh non, encore moins avec les petits vieux qu'avec les autos. On se félicite, recueille une fois de plus le témoignage de la victime. Et puis il y a deux jours, l'on se félicite qu'il soit décidé que le contrevenant, après avoir purgé sa peine en Allemagne, soit renvoyé dans son pays. Aujourd'hui, consternation: sur une image agrandie du fourgon qui le conduit en prison, l'individu affiche une ostensible et étonnante paralysie du majeur droit près de la vitre blindée. Alors on s'offusque et on se congratule en se disant que c'est bien fait. Une page de plus tournée au pays des saucisses molles et insipides, jusqu'à sa prochaine fin de peine et son retour au pays. Que d'émotions primitives. Georg Wilhelm Friedrich, Immanuel et tant d'autres se retournent dans leurs tombes.

Dans un prochain post, je vous parlerai de la télévision, qui remplit un format hebdomadaire des tribulations de starlettes désespérément creuses mais callipyges, confrontées à la "vraie" vie, c'est-à-dire les vaches, les champs, les poules, le bon sens paysan et le roulage des "R". Ça a déjà été fait avant, je vous l'accorde, mais pas avec le même accent.


lundi 7 juillet 2008

Pénurie bienvenue

Aujourd'hui, c'est lundi, pas de Blackberry (et ça rime en plus). La bête est morte, ce week-end, enfin, la batterie. Vide. Ce matin, il clignotait désespérément, rouge, manifestant son désaccord de derniers signaux stridents, sans même la force de vibrer encore. Et comme le chargeur est à la maison, ce n'est pas plus mal. Plus de rappels de meetings, plus de vibrations à chaque nouvel e-mail, plus d'appels, rien, l'autarcie numérique. Le calme, le désert. Si simple...

Les esprits forts me diront: pourquoi tu ne le fais pas si souvent? Pourquoi ne pas désactiver la vibration? D'ailleurs pour quelqu'un qui cultive avec autant d'opiniâtreté la subversion, le négativisme et l'insatisfaction, pourquoi s'affubler d'un Blackberry? Je ne leur répondrai pas, ils n'auront qu'à laisser un message sur le répondeur, que j'écouterai plus tard, éventuellement.